Papa gâteau, c’est mignon ou c’est dramatique ?

Date septembre 27, 2007

Un article de la ligue des familles belges par Reine Vander Linden

«J’ai un mari extraordinaire, dit Anouck. Il joue énormément avec Noah, notre petit garçon de 3 ans et demi. Ils ont ensemble une complicité que, parfois, je jalouse. Moi, je me sens un peu mégère à la maison. Toujours à rappeler l’heure: je force pour que Noah mange ses légumes, je rouspète parce que les jouets ne sont jamais rangés (ni les vêtements de son père, d’ailleurs!), j’insiste pour qu’il aille au lit…»

«J’ai toujours l’impression de “faire tache” dans leur connivence, de casser la belle harmonie qui existe entre mon petit garçon et son papa. Je voudrais bien, parfois, que son père prenne le relais pour gérer les aspects concrets et poser des limites. Mais je n’ai pas à me plaindre. Il y a tant de pères absents… Quelle chance d’avoir un compagnon qui s’investit autant pour son fils! Mon père a quitté la maison quand j’avais 4 ans. Noah, lui, a un vrai papa gâteau.» Ainsi s’efforce de penser Anouck!

Deux mamans en une

Noah a un papa gâteau. Il a la famille dont rêvait sa mère quand elle était petite, sans père à ses côtés.

Noah a un papa gâteau, un papa qui est avec lui comme un enfant, qui rit, qui joue, qui fait le fou, qui ne pense pas à l’heure, qui dit de manger les pâtes et de laisser les légumes de côté, qui n’insiste jamais pour ranger les jouets, qui oublie le moment du coucher…

Noah a une maman fascinée et émue devant son papa gâteau, mais il sent la tension qui monte en elle quand elle insiste pour qu’il mange ses légumes, pour qu’il range ses jouets, quand elle lui annonce qu’il est temps de se coucher… Il y a comme deux mamans en une: celle, rassurante, qui tient son rôle d’adulte et celle qui rêve, dans sa peau d’enfant, à un papa comme celui qu’il a, lui, Noah.

Noah a un papa gâteau qui l’inquiète aussi un peu parce qu’il dit oui à tout, qu’il ne se préoccupe pas de l’heure, qu’il ne force jamais, qu’il oublie d’être adulte.

Un père et une mère trop différents

Il sait intuitivement que papa et maman ont le même statut, la même place et le même rôle de parent à tenir par rapport à lui. Et pourtant…

Pourquoi ne profiterait-il pas de la largesse de son père? Pourquoi obéirait-il à sa mère s’il y a moyen de faire autrement? Mais aussi, comment se débrouiller avec de telles divergences dans ses références? De plus, à chacune de celles-ci, s’accroche une tonalité émotionnelle bien différente: papa, c’est l’insouciance, la gaieté, la frivolité, perpétuelle ambiance de vacances quand on ne doit penser ni au temps, ni aux contraintes; maman, c’est celle qui permet que les choses tournent, celle qui est dans la réalité, avec comme un peu de tristesse au fond d’elle-même, mais une mine qui semble dire: tout va pour le mieux.

Noah, ça l’inquiète. Pas moyen de faire la moyenne du bon de l’un avec le bon de l’autre. Père et mère sont trop différents, mais font semblant que non. Ça l’agite à l’intérieur. Ça se voit à l’extérieur. Il est turbulent, hyperactif. Son institutrice s’en plaint. Sa maman dit qu’il est vivant, dynamique, plein d’énergie, qu’il ne reste pas en place. Son papa ne voit pas où est le problème sauf quand il passe (c’est très rare) une journée entière seul avec son fils; le soir, il dit à sa compagne: «Je suis épuisé. Qu’est-ce que ça pompe, un gosse!» Mais le lendemain, il a oublié.

A quoi se fier?

Noah perçoit à l’intérieur de lui un malaise. A quoi doit-il se fier? A ce qu’il sent au cœur de sa maman - une tristesse et une détresse à devoir assumer seule le rôle de colonne vertébrale de la famille? Ou doit-il être dupe de ce que sa mère lui laisse à voir et à entendre: «Ton papa est merveilleux, notre famille va pour le mieux?»

En avançant dans sa petite existence, Noah va percevoir de plus en plus clairement le hiatus qui existe entre sa maman version adulte et sa maman accrochée à ses rêves d’enfant. Entre sa maman et son papa. Entre lui et lui lorsqu’il s’agira de demander et d’obtenir quelque chose qui lui ferait plaisir mais qu’il sait déraisonnable. A qui s’adressera-t-il? Le jeu duquel de ses deux parents fera-t-il? Faire le grand écart n’est pas une position tenable dans la durée. Alors, si son papa et sa maman peuvent au minimum reconnaître et rendre explicite leur fonctionnement différent, Noah sera un peu moins perdu et, surtout, il ne se sentira pas responsable des inévitables tensions que ces divergences entrainent.

1 commentaire to “Papa gâteau, c’est mignon ou c’est dramatique ?”

  1. guillaume said:

    J’en connais des pères comme ça… et le résultat est exactement ce qu’il y a dans l’article… Je trouve ça triste… pour l’enfant bien sur, la mère qui n’a pas vraiment de mari (un homme qui joue son rôle) et triste pour le père, qui ne se rend même pas compte de la situation.
    Vous allez me trouver sévère mais pour moi, un papa gâteau décrit comme dans l’article ci-dessus, c’est un lâche. C’est tellement plus facile de ne pas prendre ses responsabilités et de jouer avec son enfant plutôt que d’assumer une partie des tâches “ingrates” de son éducation.

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